Je vais vous raconter l’histoire de l’un des cafés les plus célèbres de Buenos Aires : le Café de los Angelitos, au coin de la rue Rincón et de l’avenue Rivadavia, dans le quartier de Balvanera. Ce café me tient à cœur pour deux raisons. J’ai habité à trois pâtés de maisons et je passais devant tous les jours, parfois juste pour le plaisir. Et son histoire est complètement folle.
1890 : un bar de quartier très mal fréquenté
Le café ouvre en 1890. Son fondateur, un immigrant italien nommé Bautista Fazio, l’appelle tout simplement Bar Rivadavia, du nom de l’avenue. On est loin de l’élégance d’aujourd’hui : le sol est en terre battue et la clientèle est composée en bonne partie de voyous et de malfrats, qui viennent peut-être y planifier leur prochain coup.
Le lieu est aussi un repaire de payadores, ces poètes chanteurs qui improvisent des joutes en vers à la guitare, une tradition populaire du Río de la Plata.
D’où vient le nom « los Angelitos » ?
Le surnom vient de l’ironie du quartier. On raconte que le commissaire du coin, chaque fois qu’un méfait était commis, lançait : « Allons voir ce qu’ont encore fait les petits anges ! » Les « angelitos », ce sont donc nos mauvais garçons.
Le surnom colle si bien qu’un propriétaire, Ángel Salgueiro, finit par l’adopter officiellement après avoir repris et rénové l’établissement : le Bar Rivadavia devient le Café de los Angelitos. Deux angelots viennent orner la façade.

Carlos Gardel et l’âge d’or du tango
À partir des années 1910, Carlos Gardel et son partenaire José Razzano y ont leur table, entourés de musiciens, de poètes et de personnalités qui se mêlent aux habitués moins recommandables. Gardel lui-même citait le grand payador Gabino Ezeiza comme l’une de ses inspirations. En 1944, Razzano et Cátulo Castillo signent même un tango baptisé « Café de los Angelitos ».
Un détail qui étonne toujours mes voyageuses : à l’époque, c’était un café d’hommes. Les femmes n’y entraient pas, et certaines changeaient même de trottoir pour ne pas passer devant la porte.
La chute, puis la renaissance
Avec les crises successives du pays, le café perd de sa splendeur. Il finit par fermer au début des années 1990, le bâtiment se dégrade et sa démolition est même envisagée. Il faut attendre 2007 pour qu’il renaisse, entièrement reconstruit, avec un grand spectacle de tango.
Le Café de los Angelitos d’aujourd’hui est devenu un lieu intemporel et très visité, classé parmi les cafés historiques de Buenos Aires. On y vient pour l’ambiance, pour un café ou pour ses dîners-spectacles de tango dans la plus pure tradition argentine.
J’ai la chance de connaître personnellement le propriétaire, une personne formidable et intarissable sur l’histoire de ce lieu mythique. Si vous venez avec moi, il y a de bonnes chances qu’il passe nous raconter une anecdote.
Max
Vivre le tango autrement
Le Café de los Angelitos est une belle façon de découvrir le tango version spectacle. Si vous voulez aller plus loin, je vous conseille aussi notre expérience tango authentique : une soirée dans une vraie milonga de quartier, accompagnés d’une danseuse, là où les porteños dansent pour eux et pas pour les touristes.
Et si les cafés historiques vous plaisent, ne manquez pas mon article sur le Café Tortoni, le plus célèbre de Buenos Aires.
Envie d’une visite un peu particulière du café et de ses coulisses ? Écrivez-nous : nous l’intégrons à votre visite guidée de Buenos Aires.